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Médecine intégrative : et si on pensait la santé autrement?

Une entrevue avec la Dre Lyne Desautels

par Sylvie Charbonneau
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Médecine intégrative Dr Lyne Desautels
La Dre Lyne Desautels est médecin de famille depuis plus de vingt ans et a fondé il y a 10 ans un Centre en médecine intégrative, qui compte aujourd’hui plusieurs points de services au Québec.

Elle a complété des études en microbiologie à l’Université de Sherbrooke, en plus d’obtenir une maîtrise en sciences (génétique moléculaire) à l’Université de Montréal, pour par la suite compléter ses études en médecine à l’Université de Sherbrooke.

Sa pratique médicale se veut préventive et personnalisée, et s’ancre  sur une approche de santé globale, qui porte le nom de médecine intégrative et fonctionnelle, une médecine qu’elle exerce en collaboration avec différents professionnels de la santé.

Il me fait grand plaisir de m’entretenir avec elle, pour jaser «santé» et explorer comment cette approche de médecine intégrative pourrait apporter une bouffée d’air frais, dans notre système de santé actuel.  Elle connaît bien le sujet et elle a bien des choses à nous confier là-dessus: vous aimerez ce qu’elle a à dire, j’en suis persuadée!

Sylvie


Médecine intégrative: penser la santé autrement

Sylvie:  Dre Lyne Desautels, je suis bien heureuse de vous avoir en entrevue pour                Thé Vert & Chocolat, pour causer santé des femmes, dans une perspective qui intéresse beaucoup nos lectrices: celle où l’on mise sur l’importance de s’investir dans notre propre santé. 

J’ai appelé cela, dans un de mes textes,  «Devenir la Boss de notre propre santé», et je pense qu’on a toutes avantage à le devenir.

Vous êtes médecin, et vous êtes aussi une des pionnières de la médecine intégrative au Québec, car vous avez créé il y a 10 ans un Centre de médecine intégrative qui comporte plusieurs points de service au Québec.

Vous proposez un autre regard sur le système de santé, et vous présenterez bientôt, avec votre livre « Le système de santé est malade, il faut que ça change» un véritable modèle de changement en santé, au Québec.

Commençons par définir cette approche de médecine intégrative, plus connue aux États-Unis et en Europe, mais dont on ne parle pas encore beaucoup, ici.

Qu’est-ce que c’est exactement, et en quoi elle constitue une médecine différente? 

Dre Lyne Desautels:  Quand on parle de médecine ou santé intégrative, on parle de santé globale, de thérapie complémentaire et nécessaire, et surtout, de médecine personnalisée. 

On parle aussi de patient partenaire de sa santé, où effectivement, il devient l’acteur principal de sa santé.

Avec cette approche, on peut inclure toutes les médecines (conventionnelles et/ou alternatives), et l’importance est de les relier ensemble: c’est ce lien, cette communion, qui devient la médecine intégrative. 

Sylvie:  C’est donc une approche qui «intègre» différentes pratiques ensembles, et qui «intègre» aussi les patient-e-s dans les actions de leur processus de retour à la santé ?

Dre Lyne Desautels:  Oui et ce qui est important, c’est de revenir au patient, à la patiente… et lui redonner le pouvoir de mieux gérer sa santé et ceci passe par l’éducation, par la prise de conscience et par l’action. 

La prévention est d’autant plus importante, car elle permet d’intervenir avant que la maladie s’installe. Donc on identifie les causes possibles et on intervient sur celles-ci avant que ça ne devienne une maladie . 

«On soigne une personne, on traite une maladie»: c’est ce qu’on nomme la médecine fonctionnelle. Cette approche est personnalisée et tient compte du mind, body et spirit.

Par cette approche on prévient la maladie et on aide souvent le patient à retrouver la santé; sa santé.

santé des femmes médecine intégrative

Mieux accompagner les patientes dans la voie de la santé

Sylvie:  La médecine intégrative s’appuie sur les bases de la médecine conventionnelle, et elle intègre des approches issues de médecines plus anciennes comme la médecine chinoise et ayurvédique. Elle se lie aussi aux approches complémentaires (ostéopathie, naturopathie, acupuncture) pour soutenir la santé. 

C’est une approche vraiment intéressante, de lier tous ces savoirs ensemble.

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à cette façon de faire la médecine?

Dre Lyne Desautels: Depuis toujours je m’intéresse à l’humain et à la relation. Je me suis intéressée à toutes ces formes de thérapies, dès mon adolescence. Je suis de nature curieuse; j’aime comprendre, et surtout, aider l’autre.

Je crois sincèrement qu’on doit avoir plusieurs outils et plusieurs possibilités de thérapies, puisqu’aucune personne ne réagit de la même façon à un traitement. Chacune a des besoins, des croyances différentes et vit dans des environnements divers. 

De plus, nous possédons chacun une identité génétique qui module notre façon de réagir à notre environnement . 

Et nos habitudes de vie influencent tout ça!  Alors il faut revenir à la base, c’est à dire le patient/la patiente, afin d’identifier ce qui se passe ou s’est passé . 

C’est de cette façon qu’on arrive ensemble à mieux définir et mieux accompagner les patient-e-s dans la voie de la santé, de leur santé.

femmes saines habitudes de vie

Sylvie: Je crois que nous sommes nombreuses à souhaiter ce genre d’approche, où nous pourrions être un peu plus des  « acteurs de notre propre santé », et ne pas uniquement être des « patientes ».

Pour ma part, cela s’ancre dans mes convictions profondes, à la suite d’une expérience personnelle, quand ma santé a flanché, il y a quelques années.  Je peux témoigner que «Devenir boss de sa santé», ce n’est pas nécessairement un chemin facile à emprunter.    Il y a plusieurs embûches à surmonter!

Cependant, on trouve sur ce chemin beaucoup de satisfaction et de confiance en nos capacités.

Croyez-vous que le système de santé actuel, tel qu’il est pensé, permet aux femmes de jouer ce rôle plus actif face à leur propre santé?

Dre Lyne Desautels:   Non. Je pense qu’il faut tout repenser… Plusieurs problèmes sont au rendez-vous. 

Ca fait 10 ans que je constate, que je réfléchis et essaie de construire un modèle de changement en santé.

Je me suis rivée a plusieurs embûches et constats qui demandent réflexion de la part de nos instances politiques. Je l’appelle: Le gouffre sans fond. 

Les compétences peuvent partir des patientes aussi…

-Dre Lyne Desautels

 

Encore une fois, je reviens à l’accessibilité à des soins, à des protocoles, mais surtout à des compétences en matière de prévention et de santé. Les compétences peuvent partir des patientes aussi. 

Sylvie: Effectivement, le rôle et l’implication des patientes est sans doute une dimension qui a été un peu oubliée…

Dre Lyne Desautels: Et ici, l’éducation est encore une priorité!  Car pour rendre le tout accessible, on doit redonner le pouvoir et l’autonomie aux patient-e-s. 

On doit sérieusement agir, car ça devient de plus en plus difficile de continuer ainsi. 

Les professionnel-le-s de la santé qui veulent avancer dans cette direction sont pris dans des limites déontologiques ou corporatives qui n’ont plus raison d’être.

système santé

Sylvie: Est-ce que ces limites sont là pour protéger quelque chose, pour protéger une façon de faire?

Dre Lyne Desautels: Du protectionnisme de quoi ? Une médecine d’intervention, une médecine qui traite la maladie, une médecine de prescriptions, mais qui oublie l’essentiel : la santé !

De plus le travail d’équipe est souvent règlementé de façon à bloquer ce que j’ appelle la fluidité interprofessionnelle, ou le continuum de soins. 

Alors revenons aux patient-e-s!  D’ailleurs, c’est par elles que viendront les changements. 

Sylvie: De là l’importance d’oser parler, de faire entendre notre voix, de poser des questions, d’insister… Mais ce n’est pas toujours confortable, d’être insistante, chez notre médecin!

Dre Lyne Desautels: Si on veut que les médecins redonnent le pouvoir et l’autonomie en matière de santé, on doit le demander! Ça aidera les artisans du changement à présenter des modèles et des solutions.

Des solutions comme se regrouper, avec des convictions que le changement est impératif et nécessaire.

Des solutions comme s’exprimer et partager nos expériences, collaborer et non compétitionner. 

Voilà ce que je pense sincèrement!

 

médecine intégrative équipe

Travailler en partenariat avec les patientes

Sylvie:  La médecine intégrative apparaît plus axée sur la prévention que sur la maladie. Vous spécifiez d’ailleurs qu’elle tient compte de l’ensemble de notre personne, incluant nos habitudes de vie.

Dre Lyne Desautels:  Effectivement, les approches complémentaires ou médecines alternatives mettent davantage le focus sur la prévention et les saines habitudes de vie. 

Ceci étant dit, la médecine conventionnelle ( ou d’intervention) est nécessaire aussi. En fait, je crois fermement qu’on doit considérer toutes les approches ensemble. 

On baigne dans une culture populaire qui s’en remet à un système de santé qui n’est plus en mesure de répondre aux besoins d’intervention. Alors il faudra revenir à la prévention, pour être capable de continuer à offrir certains services où l’on doit traiter la maladie, une fois installée.

Cependant, si davantage de gens sont en meilleure santé, on pourra alors s’occuper des personnes qui sont plus malades. 

La prévention demande aussi que les patientes se responsabilisent en matière de santé. 

Sylvie: Justement, sur cet aspect: trouvez-vous qu’on en parle suffisamment?  Est-ce que les femmes ont l’information qu’il faut pour bien maintenir leur santé? Voyez-vous des changements qui nous indiquent que les choses avancent dans cette direction?

Dre Lyne Desautels:  La prévention et la santé passent indéniablement par de saines habitudes de vie. Alors on doit aussi intégrer cela dans notre councelling avec les patientes, dans nos protocoles de soins. 

Les gens en savent déjà beaucoup avec l’accessibilité à l’information sur le web. Et les professionnels de la santé se doivent de se mettre à jour aussi, et mieux connaitre l’influence des habitudes de vie sur la santé des patientes. 

Car nous sommes des guides et notre responsabilité est de se tenir à jour. 

Bien des connaissances ancestrales se sont perdues, au profit de traitements pharmacologiques et devant cette facilité de ne plus vraiment être responsable de sa santé.  On doit revenir une fois de plus à l’éducation et à la responsabilité individuelle de prendre sa santé en main. 

On avance dans cette direction, mais lentement, car on se base beaucoup sur les dites données probantes pour justifier les traitements prescrits ou les protocoles établis. Toute l’expérience clinique est oubliée dans cette façon de faire, or elle est tout aussi valable, si bien faite. 

On observe, on suit, on travaille en partenariat avec les patientes. 

Ça apprend ainsi aux patientes à mieux se connaitre et à devenir maitre de leur santé!

yoga saines habitudes de vie

S’occuper de notre santé: prendre le temps et y aller par étape

Sylvie:  Parler de saines habitudes de vie, c’est parler de notre alimentation, notre activité physique, notre gestion du stress et de notre sommeil, notamment. La racine de plusieurs problèmes de santé s’articulent autour de l’une ou plusieurs de ces habitudes de vie, je me trompe?  

Que pourrait-on proposer aux femmes qui souhaitent s’occuper un peu plus de leurs habitudes de vie?

Dre Lyne Desautels: Je dirais qu’il s’agit de prendre conscience des effets de saines habitudes tout simplement, en observant elles-mêmes les bienfaits des changements sur leur santé. 

Il n’est pas rare que je leur demande de tenir un journal d’observation de leur symptômes.

De plus on doit «programmer» notre pensée du coté mieux être. Bien des trucs partent de la confiance en ce que l’on fait. 

Sylvie: Notre santé physique est influencée grandement par nos pensées… on a avantage à examiner nos pensées, à prendre conscience de nos pensées négatives et répétitives, et les tourner vers le positif; bien des études en parlent.

Dre Lyne Desautels: Oui. Être convaincue que ça marche fait partie du succès d’une approche ou d’un traitement; même un traitement médicamenteux. C’est ce qu’on appelle l’effet placebo. Ça existe et c’est une question de confiance et de ressenti. 

Il faut aussi savoir gérer ses attentes et demeurer réaliste. J’appelle ça le GBS: le gros bon sens! 

Ce n’est pas sorcier: s’impliquer et vouloir reprendre sa santé en main passe par la confiance en soi, la confiance en l’autre, et par se renseigner. Beaucoup de petits trucs simples peuvent aider à reprendre le chemin de la santé. Ma santé Lyne Desautels

Par contre il faut prendre le temps et y aller par étape. Si on veut tout régler en même temps ça décourage souvent et ça nous met dans une position précaire. 

Comme une amie le disait si bien : «  un éléphant , ça se mange une bouchée à la fois». Si on veut réussir on doit être patient… mais aussi redevenir responsable de sa santé.

Revenir à soi, quoi!

Sylvie: Merci Dre Desautels ! 

 


 

Place à la médecine intégrative au Québec

Dre Lyne Desautels publiera en 2023 un livre qui porte sur le modèle de santé qu’elle a développé depuis plus de 10 ans, avec son équipe:Dre Desautels Livre

 

Impatiente d’en savoir plus? Vous pourrez la voir en Conférence-web, où elle aborde sa vision de ce que pourrait être une médecine différente, au bénéfice des patient-e-s (et des praticien-ne-s aussi!)

  • Conférence en ligne: Le système de santé est malade, il faut que ça change!
  • Le 20 octobre 2022 à 19h00 (heure de Montréal)
  • Inscription : Conférence gratuite, cliquez ici.

Vous avez apprécié cet échange avec Dre Desautels?  Je suis bien heureuse de vous annoncer que nos collaborations se poursuivront:

Nous aborderons ensemble d’autres questions liées à la santé des femmes, ici sur Thé Vert & Chocolat.

Restez à l’affût!

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Le contenu sur Thé Vert et Chocolat est conçu pour soutenir, et non remplacer, le traitement médical. Les informations sur notre site ne peuvent remplacer l’avis d’un-e professionnel-le de la santé.

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